FATIGUER LA RÉPONSE / REPOSER LA QUESTION
Accepter les mots dans la multiplicité de leur sens, c’est apprécier la faiblesse de notre faculté à communiquer et déduire qu'elle est à l'image de notre perception : volontaire, sélective et imprécise à la fois. Ce qu'on appelle réalité est l'adaptation instantanée de l'œil à ce qu'il sélectionne.
Nous manipulons des mots qui ont été des objets et des mots qui ont été crées pour décrire le rapport invisible qui les éloigne ou les rapproche. Il y a les mots-objets, et les mots-relations. Et entre eux chaque fois un petit espace blanc qui les détache les uns des autres, sans quoi personne ne respire.
Le verbe comprendre est à la fois “contenir en soi, faire entrer dans un tout, intégrer”
Pour dire comprendre, on emploie aussi saisir, entendre, voir, sentir
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oui je vois, je sens que, j'entends bien, tu saisis ?
Comprendre, c’est élaborer un système et des outils pour l'aborder (comparer, se rendre compte).
On doit parfois se contredire pour être précis. Pour comprendre il faut mettre en cause et remettre en question, et lutter contre l'assujettissement aux choses établies, aux habitudes d’un langage qui fixe les habitudes de la pensée. Evoluer, ce n’est peut-être pas aller de l’avant mais dérouter ses arrières ?
Tout ce qui est original existe dès l’origine.
Les paradoxes sont les bons résultats de ce que je cherche, de ce que je veux noter, de ce que je remarque et veux rendre lisible. Progresser : c'est la vérifier les habitudes et les acquis.
Régresser : c'est se complaire à les maintenir.
«JE NE RÉFLÉCHIS PAS LA LUMIÈRE. »
(je ne crois pas qu’une couleur puisse m’expliquer sa définition verbale et vice-versa)
Je fais un travail de synthèse : le dessin dit ce qu’il y a à voir, le texte fixe et délimite ce qui est invisible/ ce qu’il feint de rendre visible, ce qu’il finit par rendre visible. Le texte piège l’image qui enchâsse le texte. Le résultat est une évaluation d’ensemble.
Je cherche un résultat à l’intérieur des hypothèses, je voudrais extraire de la logique sa part non linéaire, rendre compte de la pluridirectionnalité de la pensée que lui donne la simultanéité des sens. Rarement je vois sans entendre, écoute sans voir.
Le hasard n’a pas fait que le mot sens incarne la direction, la définition, et notre façon physique d’appréhender la réalité.
Un acte de création doit être une intrusion dans les habitudes de compréhension. Je dois m'entraîner à réfléchir les préjugés pour éloigner le pouvoir hypnotique des résultats convenus. Emettre une autre idée avec les matériaux de la même. J’ai la volonté d’échapper sans évoquer la fuite, et ce, jusqu’à ce que ce qui passe par l’oreille ou par l’oeil s'installe confortablement dans la main.
Le recours à la poésie
“Le souci de la poésie c'est d'utiliser d'abuser, de perdre, de vouloir, de nier, d'éviter, d'adorer de remplacer le nom. C'est ce qu'elle fait c'est toujours ce qu'elle fait, c'est ce qu'elle fait et elle ne fait rien d'autre. La poésie ne fait rien d'autre qu'utiliser perdre refuser et satisfaire et trahir et caresser les noms. C'est ce que fait la poésie, c'est ce que la poésie doit faire peu importe le type de poésie dont il s'agit.”
Gertrud Stein |