| JE REGARDE UNE PHOTOGRAPHIE - 2011 |
Je regarde une photographie. Je cristallise. Comme les cristaux liquides des années 80 avaient pris l'habitude de former des chiffres pour nous donner l'heure. De nos jours les coups d'œil répétés sur le radio-réveil font encore passer le temps. Je regarde une photographie. J'exerce un peu de ma vue à son sujet, je jette des regards furtifs sur des photographies solides qui auront tendance à s'effacer. Je choisis le plus souvent de les voir à l'écran plutôt qu'imprimées, à cause du risque que je prends. Une image liquide est moins insistante qu'une image solide. Le clavier a des touches pour la faire passer. Il n'y a pas de touche pour les images solides. Le toucher est le produit de la surface des corps. Souvent les corps restent en retrait. La profondeur d'une image reste en surface. La profondeur du toucher dépend de sa durée. Passer sa main avec attention sur une photographie ne fait ressentir aucun détail supplémentaire. Les images durent toujours plus longtemps que le tact. Une observation persistante pourrait cependant modifier la position des doigts. La photographie est le frisson d'un moment passé hérissé en surface dans le présent. La photographie est la projection d'un instant de vie en forme de diamant, écrasée sur une de ses facettes. La jouissance est un rêve que fait le corps sur lui-même en évitant de justesse le cauchemar.
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